Voici le Disability Justice Network of Ontario

inclusion
equity
youth-leadership
(Justin Wiebe) #1

Disability Justice Network of Ontario

www.djno.ca

Nous œuvrons à créer un monde où les personnes handicapées sont libres d’être elles-mêmes.


1. Parlez-nous de vous et de votre initiative.

Le Disability Justice Network of Ontario est une initiative dirigée par des femmes noires et de couleur handicapées. Nous œuvrons à créer un monde où les personnes handicapées sont libres d’être elles-mêmes. Nous croyons que les personnes handicapées sont bien plus que des unités de main-d’œuvre ou des clients potentiels au sein de l’économie. Notre point de départ est l’accès aux services, à l’éducation et à l’emploi, mais nous souhaitons aller plus loin pour travailler également sur l’accès au logement, à la nourriture et à la communauté. Nous menons actuellement nos activités à Hamilton, en Ontario, mais nous espérons les étendre à l’échelle provinciale au cours des prochaines années.

Nos efforts, qui visent d’abord les personnes ayant le moins de ressources, ciblent les personnes de couleur démunies et les femmes handicapées. Notre travail consiste principalement à faire ressortir les différentes façons dont les intersections entre le classisme, le sexisme et le racisme, d’une part, et le capacitisme, d’autre part, ont donné forme à des réalités fondamentalement différentes pour les personnes noires, autochtones et de couleur aux prises avec un handicap dans le Canada colonial. Par exemple, nous essayons de déterminer dans quelle mesure les politiques d’immigration capacitistes et la stérilisation forcée ont touché de façon disproportionnée les communautés de migrants, d’immigrants et d’Autochtones handicapés, et de quelle façon la surveillance et les demandes d’identification effectuées par la police ciblent les personnes noires, autochtones et racialisées handicapées à Toronto.

Les trois membres fondatrices de l’organisme sont des femmes noires ou brunes handicapées. Nous venons de divers horizons et avons différentes compétences. Eminet Dagnachew, une travailleuse sociale de formation, œuvre dans le secteur des services aux sans-abri. Elle croit fermement à l’utilisation de la recherche communautaire fondée sur des données probantes pour éclairer les pratiques, ainsi qu’à la prise en compte des expériences des bénéficiaires dans tous les aspects de la prestation de services.

Sarah Jama est une organisatrice communautaire de Hamilton, en Ontario. Elle siège actuellement au conseil d’administration de la Hamilton Transit Riders Union (regroupement d’utilisateurs du transport en commun de Hamilton) et collabore avec le conseil scolaire de district de Hamilton-Wentworth pour mettre sur pied un curriculum axé sur la lutte contre le racisme anti-Noirs. Mme Jama, qui est coordonnatrice de programmes au Centre for Civic Inclusion de Hamilton, a déjà dirigé deux campagnes électorales à Hamilton.

Shanthiya Baheerathan s’est principalement penchée sur les questions liées à l’égalité entre les sexes et à la violence faite aux femmes. Membre fondatrice et première directrice du Women and Gender Equity Network (réseau pour les femmes et l’égalité entre les sexes) de l’Université McMaster, elle a été boursière du Studio Y où elle a effectué de la recherche concernant les besoins des jeunes d’origine sud-asiatique en matière d’éducation sur la santé sexuelle, les soins de longue durée aux aînés fondés sur l’origine ethnique et les mesures prises pour contrer la violence sexuelle dans les établissements universitaires. Elle étudie actuellement en vue d’obtenir un diplôme en statistiques.


Visitez le site Web du DJNO à l’adresse www.djno.ca (en anglais)

2. Quelle est votre vision du leadership?

À vos yeux, qu’est-ce que le leadership?
Quelles sont les qualités d’un(e) bon(ne) leader?

Chacune de nous a une vision du leadership différente, mais complémentaire, et notre capacité de travailler les unes avec les autres nous permet de tirer profit de nos compétences distinctes. Selon nous, dans le contexte de notre initiative communautaire de justice à l’égard des personnes handicapées, le leadership consiste à accorder priorité à l’établissement de liens tant à l’interne qu’à l’externe, à penser et à planifier à long terme ainsi qu’à répondre aux besoins en matière d’accès pour permettre aux gens de participer.

“Nous sommes aussi d’avis que le leadership est un engagement envers les personnes les plus touchées par les enjeux que nous entendons aborder.”

Nous sommes aussi d’avis que le leadership est un engagement envers les personnes les plus touchées par les enjeux que nous entendons aborder. À l’extérieur de l’organisme, nous faisons preuve de leadership lorsque nous offrons aux membres de la collectivité l’occasion de nous faire part de leurs réflexions et commentaires sur notre travail. D’un point de vue interne, l’organisme est dirigé par des jeunes ayant des antécédents diversifiés qui sont personnellement touchés par les enjeux et, à ce titre, peuvent cerner avec précision les besoins dans nos collectivités. En outre, nous accordons de la valeur aux compétences, aux points de vue et au travail des personnes qui souhaitent s’attaquer aux enjeux liés à la justice à l’égard des personnes handicapées. Nous essayons de renforcer leurs capacités pour qu’elles puissent mener des initiatives similaires à l’avenir.

Nous croyons également que les leaders adoptent toujours une perspective à plus long terme, notamment en mettant en place des mesures durables qui s’ajoutent l’une à l’autre de façon à produire des résultats à long terme. Lorsque nous organisons un atelier, nous ne nous concentrons pas seulement sur son contenu, nous nous attardons aussi à ce qui l’entoure, comme les conversations, les relations, la prise en charge collective des enjeux et le partage des compétences qui faciliteront la mise sur pied d’autres initiatives individuelles et collectives. Nous planifions en reconnaissant que tous les gestes que nous posons peuvent avoir des effets mesurables qui, s’ils sont gérés correctement, peuvent se transformer en véritable impact au fil du temps. Dans le cadre de nos activités de planification, nous reconnaissons que le changement n’est pas linéaire ni immédiatement mesurable, et que la mobilisation peut produire des résultats seulement après quelques années. Ainsi, lorsque nous planifions, nous essayons aussi de consacrer suffisamment de temps et d’énergie aux occasions qui se présentent à nous et de faire de notre mieux pour agir.

Enfin, nous sommes d’avis que, par le passé, le leadership excluait les personnes handicapées, les femmes ainsi que les personnes noires, autochtones et racialisées. Il n’y a pas eu suffisamment d’investissements pour, d’une part, créer des espaces de leadership universellement accessibles et, d’autre part, encourager la croissance et le leadership dans les collectivités où les occasions de mettre en pratique ses capacités de leadership sont inexistantes. Nous nous efforçons de corriger ce problème en travaillant à renforcer les capacités dans les communautés.


3. À quels défis devez-vous faire face lorsque vous organisez, supervisez et apportez un changement dans votre communauté?

L’activisme et la mobilisation communautaire, dans leur forme actuelle, sont foncièrement capacitistes – que ce soit parce que les actions et activités s’appuient uniquement sur la présence physique de personnes qui ne sont pas handicapées, ou parce que l’élimination du capacitisme ne fait pas partie des buts poursuivis par les actions proposées.

L’histoire du militantisme pour les droits des personnes handicapées et pour la justice à leur égard, lorsque celui-ci était mené par des personnes handicapées, a également été rendue invisible. Bien que les gens connaissent l’histoire de la création des espaces féministes ou antiracistes, la mobilisation anticapacitiste n’a pas été reconnue à titre de connaissance nécessaire dans le cadre de la construction du mouvement.

En outre, les dirigeants de la majorité des organismes et espaces pour les personnes handicapées ne tiennent pas compte des perspectives intersectionnelles des personnes et femmes de couleur handicapées, qui vivent des réalités fondamentalement différentes. La mobilisation dans ce domaine exige que nous examinions avec beaucoup d’attention l’histoire des militants pour les droits des personnes handicapées et la justice à leur égard et que nous prenions le relais. Nous manquons aussi de données sur les intersections entre le handicap, la race, la classe sociale et le sexe, et les données existantes ne permettent pas d’expliquer pourquoi les personnes handicapées sont victimisées, ni de décrire les processus en place qui créent la victimisation individuelle et systémique. Par exemple, un récent rapport révèle que les personnes aux prises avec des troubles du développement ont souvent recours aux soins d’urgence car les soins primaires ne répondent pas à leurs besoins. Un examen minutieux est requis, non seulement de cet enjeu, mais également de nombreuses statistiques concernant les personnes handicapées. La détermination des causes systémiques des disproportions que font ressortir ces statistiques est essentielle à nos revendications.

Un de nos plus grands défis en tant qu’organisme consiste à trouver le bon équilibre entre nos activités militantes, soit nos activités, ateliers et « actions », et le renforcement de nos capacités internes, par exemple, nous essayons de conjuguer l’administration, le renforcement de notre capacité et la gestion des bénévoles et du personnel.

4. De quelles réalisations êtes-vous vraiment fières?

Nous sommes vraiment fières de notre conseil des jeunes qui a commencé à mettre en œuvre ses programmes cette année. Nous leur avons toutes trois offert une formation sur l’histoire des droits des personnes handicapées et de la justice à leur égard et celle de la violence exercée envers les personnes handicapées par le gouvernement du Canada, ainsi que sur la mobilisation à l’aide du modèle de Ganz. Les membres du conseil ont également suivi une formation à l’intention des formateurs offerte par la Commission ontarienne des droits de la personne, lors de laquelle ils en ont appris davantage sur leurs droits et les mécanismes à leur disposition pour provoquer le changement dans les établissements scolaires.

Le conseil des jeunes a également commencé à proposer des initiatives et campagnes très emballantes. Par exemple, trois de nos membres, Devin, Olivia, et Matt ont travaillé à une campagne pour le déneigement à Hamilton.


5. Quels conseils offririez-vous aux autres jeunes qui veulent assumer un rôle de leadership?

De quelle façon les encourageriez-vous à le faire?

Les jeunes qui veulent s’impliquer devraient avant tout être motivés par les enjeux sur lesquels ils veulent travailler. Si un enjeu vous passionne, informez-vous et respectez la complexité et l’histoire multidimensionnelle des efforts de mobilisation du passé.

Il y a un proverbe dont je ne connais pas l’origine qui va comme suit : « Si tu veux aller vite, marche seul, mais si tu veux aller loin, marche avec d’autres. » Je crois qu’un des problèmes qui a nui à la mobilisation est la tendance à aller trop vite, qui a entraîné l’adoption de politiques ponctuelles ayant mis à l’écart les personnes les plus marginalisées de notre société. Bien qu’il soit parfois nécessaire de presser le pas, il faut prendre le temps de tisser des relations et de saisir la complexité de l’enjeu avant de passer à l’action pour s’assurer que personne n’est oublié.

“Si un enjeu vous passionne, informez-vous et respectez la complexité et l’histoire multidimensionnelle des efforts de mobilisation du passé.”

En établissant des liens tout en apprenant l’histoire de la mobilisation relative aux enjeux qui vous interpellent, vous serez davantage en mesure de constituer un groupe d’activistes qui sont non seulement motivés à faire avancer les questions de justice sociale, mais se soutiennent aussi mutuellement. En vous familiarisant avec les histoires et expériences des personnes qui ont travaillé sur les enjeux qui vous préoccupent, vous comprendrez mieux la complexité de ces enjeux et vous serez confrontés aux histoires des personnes dont vous vous souciez, ce qui vous aidera à revendiquer des politiques abordant tous les aspects des enjeux en question.

Parallèlement à toutes ces activités de consultation et de recherche, essayez de prendre des mesures concrètes concernant les questions qui vous tiennent à cœur.



6. Quelles recommandations feriez-vous aux intervenants du secteur qui veulent appuyer le leadership chez les jeunes?

Songez aux organismes philanthropiques et gouvernementaux ou à d’autres organismes à but non lucratif.

Pour aider les jeunes handicapés à se mobiliser, tous les organismes devraient avoir une ligne budgétaire exclusivement consacrée aux besoins en matière d’accès, sinon un segment de la population déjà marginalisé le sera encore davantage. Il faut répondre à ces besoins en octroyant du financement pour l’ASL, le matériel imprimé, le transport, les préposé(e)s aux services de soutien à la personne et les services de garde d’enfants.

Les organismes subventionnaires doivent comprendre qu’il faut du temps pour s’attaquer à des enjeux comprenant plusieurs aspects. Bien qu’il soit facile d’obtenir un consensus à propos d’un enjeu unique et d’organiser un événement ou une action pour l’appuyer, le travail sur des enjeux qui se recoupent demande du temps et de la recherche et peut ne pas donner lieu à des « actions » mesurables.




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