Voici Caleb Turner — Conseil de la jeunesse de Moose Factory

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(Rihkee Strapp) #1

Caleb Turner — Conseil de la jeunesse de Moose Factory

Je fais ce travail pour aider d’autres jeunes à découvrir qui ils sont et ce que cela signifie d’appartenir aux Premières nations, d’être Canadien et d’être un être humain.


1. Parlez-nous de vous et de votre initiative.

Je m’appelle Caleb Turner. Je suis animateur de jeunesse de première ligne dans ma ville natale à Moose Factory. Je suis né là-bas et c’est là que j’ai grandi, en pleine nature, avec ma famille; j’y ai chassé et piégé des oies, des élans, des canards et des castors. En grandissant, le revenu familial provenait du piégeage de la martre et du castor. J’ai fini par manquer beaucoup l’école à cause de ça, mais j’ai quand même réussi à obtenir mon diplôme. Je fais ce travail parce que je viens de là; appartenant au peuple Mushkegowuk, j’ai eu la chance d’en apprendre beaucoup sur les modes de vie et de fonctionnement ancestraux. J’ai grandi en sachant qui j’étais et j’ai toujours eu un grand sens de mon identité.

J’ai un rôle de facilitateur au Moose Factory Youth Council (conseil de la jeunesse de Moose Factory). Je travaille avec des jeunes de la communauté pour les aider à développer leurs compétences en matière de leadership, mais aussi à approfondir leurs connaissances culturelles. Je fais ce travail pour aider d’autres jeunes à découvrir qui ils sont et ce que cela signifie d’appartenir aux Premières nations, d’être Canadien et d’être un être humain.

2. Comment voyez-vous le leadership?

Que signifie-t-il pour vous?
Quelles sont les qualités d’un grand leader?

Pour moi, le leadership se résume à la manière dont j’ai grandi et aux personnes autour desquelles j’ai grandi. Les leaders que j’ai encadrés, ou qui m’ont encadré, ont toujours été très gentils. Ils sont honnêtes et généreux. Ils partagent toujours leurs connaissances et même ce qu’ils possèdent avec les membres de la communauté. C’est tellement important, et c’est aussi ce qui, à mon avis, fait d’eux de grands leaders. Ce sont ces caractéristiques que j’essaie d’imiter. J’essaie toujours d’être bon et honnête. Aujourd’hui même, quelques jeunes étaient coincés sur le bord de la rivière avec leur autoneige et je suis allé voir si tout allait bien. Ils ont voulu me donner de l’argent… ce que j’ai refusé. C’est ainsi que les leaders avec lesquels j’ai grandi agissaient. Ils agissaient tout le temps de la sorte : en ayant des actes de gentillesse.


Quatre choses fondamentales constituent un bon leader : la gentillesse, le partage, l’honnêteté et la force.


3. À quels défis faites-vous face en organisant, dirigeant et réalisant les changements dans votre communauté?

J’essaie toujours de mettre en pratique les choses que j’ai apprises en allant dans la forêt et en participant aux cérémonies, car c’est ainsi que nous vivions à l’origine, avant le système occidental utilisé aujourd’hui pour gouverner. Notre peuple est tellement imprégné des manières d’être à l’occidentale qu’il croit qu’il va bien fonctionner pour nous. Trop souvent, les gens pensent que ce qui nous a été donné par le gouvernement canadien nous convient, mais ce n’est pas vrai : nous avions nos propres manières de faire les choses, mais beaucoup d’entre elles ont été oubliées à cause du système scolaire résidentiel. On nous a dit que nos pratiques n’étaient pas bonnes et que ce n’était pas bien de parler notre langue. Aujourd’hui, même les personnes de notre propre peuple trouvent difficile de croire que nous croyions en Dieu avant d’entrer en contact avec la culture occidentale. Le problème que j’observe dans notre communauté est lié au fait que nous sommes tellement façonnés par les traditions occidentales que nous ne croyons même plus aux nôtres. Elles sont pourtant importantes : j’en suis la preuve vivante et j’estime être une personne honnête et bonne.


4. De quels succès êtes-vous vraiment fier?

Être témoin de la croissance des jeunes avec qui je travaille. Lorsque j’ai commencé à faire ce type de travail il y a quatre ans et demi, j’ai vu des jeunes se présenter au programme alors qu’ils étaient en mauvaise posture et ne savaient pas vraiment qui ils étaient. Une fois qu’ils ont commencé à participer, les choses ont commencé à changer. Dans notre communauté, on sait tous chasser — c’est quelque chose que nous n’avons jamais perdu. Nous savons comment vivre de ce que nous offre la terre, mais nous ne savons pas pourquoi nous le faisons. Notre programme existe pour leur montrer pourquoi, en tant que Cri, il est important de savoir chasser, pêcher et vivre des fruits de la terre. Notre programme aide non seulement les jeunes à savoir qu’ils ont leur place à James Bay et Moose Factory, mais aussi à apprendre qui ils sont en tant qu’habitants du continent nord-américain, dans cet hémisphère.

En faisant ce travail, j’ai observé tant de choses positives! Des petites choses, comme ces jeunes qui sont des intimidateurs en quelque sorte quand ils commencent le programme, mais qui, après avoir suivi les ateliers et avoir passé un peu de temps au centre, n’agissent plus de la même manière. Quand on va à l’école, on nous apprend des choses sur les drogues, l’alcool, la violence et tout ce qui n’est pas bon. On nous ressasse sans cesse « Les drogues et l’alcool ne sont pas bons pour vous » et « Ne buvez pas et ne prenez pas de drogue », mais on n’enseigne jamais aux jeunes les alternatives positives. Au centre, notre approche est différente. On dit « Voilà ce qui est positif : fais ça; va pêcher, assieds-toi autour du feu avec tes amis. » C’est avec ça qu’on entoure les jeunes autant que possible, et ça fait une énorme différence. Il y a aussi beaucoup de jeunes qui ont vieilli et ne viennent plus au centre, mais je sais qu’ils sont là et qu’ils font de bonnes choses. Mes professeurs m’ont toujours dit qu’avoir un impact positif ne serait-ce que sur un seul jeune, transforme!


5. Quel conseil auriez-vous pour les autres jeunes qui souhaiteraient endosser un rôle de leader?

Comment les encourageriez-vous?

Continuez de venir! Assistez à ces événements organisés dans vos communautés — ceux qui sont positifs. Voilà ce que j’aime dire aux jeunes d’ici : n’ayez pas peur et ne soyez pas gênés de poser des questions. Encouragez les jeunes à s’impliquer dans des activités qui les intéressent, que ce soit la chasse, la pêche, le piégeage, la couture, le perlage, les danses traditionnelles, ou la danse en rond. Si vous voulez devenir un leader, apprenez certaines de ces choses que nous faisions il y a longtemps. Quatre choses fondamentales constituent un bon leader : la gentillesse, le partage, l’honnêteté et la force. La dernière qualité, la force, s’obtient en étant bienveillant, honnête et en partageant. C’est à ce moment seulement que vous pouvez être un leader fort. C’est ce que l’on apprend dans nos programmes : comment devenir un leader fort, que ce soit pour la danse en rond, ou la chasse, ou la pêche. Je dis aux jeunes de retrouver leurs terres : leur simple présence leur enseignera toutes ces choses.


6. Quelles recommandations avez-vous pour les personnes du secteur qui souhaitent soutenir le leadership chez les jeunes?

Songez aux organismes philanthropiques, gouvernementaux ou sans but lucratif

Allez dans les communautés. Rendez-vous là-bas parce que vous voulez vraiment y être et aider. Beaucoup d’organismes viennent à Moose Factory et veulent aider. Beaucoup d’entre eux arrivent avec la mentalité « on sait comment régler vos problèmes, on sait ce qui va vous aider. », mais ce n’est pas comme ça que ça marche. J’ai déjà le sentiment que le FPJ comprend que la communauté sait ce qu’elle a besoin de faire.

Néanmoins, venez dans la communauté et vivez-y, car s’occuper de formalités administratives ou traiter avec des nombres à longueur de journée fait facilement oublier pourquoi les autres font ce travail et pourquoi on le fait soi-même. Quand vous venez et participez au programme, cela vous rappelle pour qui ce travail est important et pourquoi vous le faites. Vous développez un lien émotionnel et ça vous aide à avoir foi en ce que vous faites. Selon moi, c’est uniquement de cette manière que ce type de travail peut avancer dans la bonne direction.



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